
Salut Sandrine,
Alors ! Bientôt la plage, le b(ur)ikini, le barbecue ! Tu vas relire Proudhon ou Bakounine ?
Il faut vraiment que tu prennes quelques vacances parce que, lorsque l’on entend ce que tu déclares à droite, et surtout à gauche, tu sembles vraiment rincée. Sans compter que les téléspectateurs, les auditeurs, les lecteurs et plus encore les médias, ont aussi besoin de repos, de silence, de vide ; bref, il semble que tu les as aussi bien fatigués. De surcroît, dans ton registre, vous êtes plusieurs à dire les mêmes choses, à râler sans arrêt. À tant râler, tu n’agis pas ; pire, tu ne réfléchis plus.
La majorité de tes commentaires sont moins des raisonnements aboutis que des emporte-pièces qui n’ont que le mérite, si mérite est là le terme approprié, de faires les unes des réseaux et de monter les uns, les unes contre les uns, les unes et les autres. De le viande rouge aux barbecues, aux jouets, aux Forces de l’ordre et même au rire dont tu voudrais encadrer les motifs. Le délit de partage des tâches domestiques ! Non mais allô ! Il n’y a rien de plus critique comme sujets dans le monde pour que tu ailles te préoccuper de ce qui relève d’une affaire de couple ! Tu te mêles de tout, tu voudrais tout régenter ; est-cela le féminisme de gauche ? Il s’agit bien plutôt de mégérisme, cette attitude des femmes méchantes, acariâtres, jalouses, insatisfaites !
Ces jours-ci, tu as pointé la défunte Geneviève de Fontenay qui, pour te citer : « a fait reculer l’image et les droits des femmes ». Mais en quoi, vouloir être Miss France dégrade cette image et ces droits ? Si les candidates se présentent au concours, c’est peut-être d’abord parce qu’elles le veulent, qu’elles ont envie d’être évaluées sur leur plastique. C’est là leur plus strict droit ! Toutes les femmes n’ont pas envie de devenir des Bac+15, des aboyeuses politiques ou des chauffeurs de semi-remorques. Il y en a qui sont heureuses de consacrer leur journée à étudier les vertus des crèmes de jour, la qualité d’une recette de sauté de veau ou un modèle de robe ! Et ça, cela fonctionne aussi pour les hommes ! Geneviève de Fontenay a eu un mérite, c’est de saisir le prétexte de ce concours de beauté pour valoriser l’éducation, la tenue, la bienséance, le contrôle de soi, de son image, et aussi, l’intelligence ! Valeurs qui sont sinon féminines, du moins unisexes.
Il y a peu de femmes, dans les sphères politico-médiatico-économiques qui suscitent et méritent l’admiration, c’est particulièrement critique dans la sphère politique – de gauche – où, bravo, tu t’illustres remarquablement dans ce qu’il peut se faire de pire. Si les Français te regardent avec la curiosité que méritent les brindezingues, en octobre dernier, tu as été huée lors d’une manifestation en soutien aux femmes iraniennes. Tu y avais assisté au motif que « l’émancipation des femmes ne passe jamais par une interdiction du vêtement ». Il semblerait que leur émancipation ne fonctionne pas mieux avec une contrainte vestimentaire. Il te faudrait voir cela avec la malheureuse Mahsa Amini. Le port du voile, les femmes des pays où il est imposé par la contrainte physique cherchent de toutes leurs forces à s’en défaire. Ce voile, il n’est pas à confondre avec le foulard de nos mères qu’il faut plutôt considérer comme un accessoire, une coquetterie à la portée de toutes, à une époque où aller chez un coiffeur relevait du luxe ; ce fameux embellissement dont tu parles toi-même, mais en libre. En France, même s’il reste sans doute du chemin à parcourir, cela fait un moment que les femmes ont les coudées franches dans beaucoup de domaines et particulièrement en matière vestimentaire. Le voile islamique, l’abaya, le burkini, dans notre pays, sont des hérésies. C’est un coup bas au combat féministe et celles qui le portent, qui l’arborent comme une conquête, sont les idiotes utiles du pire et du totalitaire. Comme tu répondais à Sonia Mabrouk en interview, la religion est une pratique privée, mais pas à géométrie variable. Tu qualifies toutes les religions de patriarcales et d’asservissement du corps des femmes, sans que tu voies dans le voile et l’abaya l’extrême de ce patriarcat et de cet asservissement !
Oui, il y a peu de femmes, dans les sphères politico-médiatico-économiques qui suscitent et méritent l’admiration et il n’y en a pas dans ton parti. À cette aune, en France, nous sommes bien mal servis et celles qui, comme toi et tes consœurs, harangue les foules en ne mettant les femmes en avant que pour leur précarité menstruelle, leurs ovaires et quoi d’autre encore du même acabit ! Même devant Jadot qui n’en pouvait mais ! Marie Curie aurait-t-elle fait avancer la science en s’en tenant à ces sujets ? Quand Hélène Carrère d’Encausse tient en haleine des amphithéâtres entiers, y-voit-on une femme ou une personnalité brillante ? Geneviève Anthonioz-de Gaulle a-t-elle mis en avant le fait d’être une femme pour raconter sa déportation ou parlait-elle au nom de tous ceux qui y ont souffert ? Ton combat est un féminisme vengeur, ravageur ; un féminisme d’ovaires et de fonds de culotte.
Il y a peu, tu te plaignais que la parole des femmes de gauche était décrédibilisée et qu’elle devait être protégée ! Décrédibilisée par qui ? Pour être protégée par qui ? Par toi peut-être ? Sujet à méditer pendant des vacances, pendant ce droit à la paresse qui permet de changer d’orientation que tu vantais récemment.