« Flâneries 2023 » – # 334 – « Qui trop embrasse mal étreint »


C’est Joaquin Phoenix qui a motivé le choix d’aller voir la version donnée par Ridley Scott de la vie de Napoléon Bonaparte. Il y avait le bon souvenir du film Walk the Line et de la réussite de cet acteur à y endosser le rôle difficile de Johnny Cash.

Quelle déception ! Pire : quelle merdasse ! Oh, il faut quand même octroyer une bonne note aux arrangements musicaux ; il faut quand même remercier le réalisateur d’avoir fait jouer un peu de chants révolutionnaires, un peu de Rameau et de Gossec et quelques polyphonies corses : Ù Lamentu di u Pastore ou A tribbiera. Au moins cela donnait quelques repères géographiques, à défaut d’une grande partie des décors qui ne rendent exactement ni l’époque, ni la France, ni Paris.

Il y certainement des Historiens, des Bonapartistes, bien plus capés que n’importe quel quidam français qui en sortant de l’école, du collège ou du lycée ne sait pas grand-chose de l’Empereur, qui ont dû sortir horrifiés de cette séquence. Quant à ceux des spectateurs qui sont entrés dans la salle par hasard, ou que ne connaissent pas grand-chose à l’Histoire de France, il vont se demander entre quoi et quoi ce film est censé faire le lien.

Ce qui est terriblement choquant dans ce Napoléon, comme dans Jeanne du Barry de Maïwenn, dans Marie-Antoinette de Sofia Coppola et dans bien d’autres biopics ou saga historiques, c’est le grand-écart entre les points de vue, le choix de schémas narratifs qui n’ont pas de lien logique entre eux et qui invalident l’héroïsme, la grandeur du personnage. Par une accentuation très crue de supposées pratiques intimes de l’Empereur avec Joséphine, Ridley Scott décrédibilise la réalité indéniable de sa stature d’homme d’État, de Souverain. D’ailleurs, en particulier dans la bouche des Anglais, tout ce qui peut l’insulter, en donner une image vulgaire et dépravée, est mis en exergue dans plusieurs séquences du film. Et ce, alors même que Napoléon, qui ne se déplaçait jamais sans sa bibliothèque, qui avait une puissance de travail hors du commun, a su donner à la France une organisation territoriale, des institutions, le goût du mérite, qui sont devenus son ADN et qui lui permettent de résister aux pressions déconstructivites, autant intérieures qu’extérieures.

« Qui trop embrasse mal étreint. » L’intention de Ridley Scott était-elle vraiment et seulement de couvrir toute la carrière du vainqueur d’Arcole ? Ce n’était manifestement pas sa principale, mais bien plutôt d’orienter le regard et les impressions du spectateur vers une saisie et une interprétation infâmantes, abaissantes de notre Corse au cœur tricolore.

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