France ! Pour te resaisir, (re-)aime-toi


« Impossible de reprendre en main son destin, sans, au préalable, restaurer sa psyché. »

France !
Ça ne va pas ! Cela se voit !
En toi, un grand tumulte intérieur. Tout ce que tu fais, toutes les décisions que tu prends, toutes les autorités que tu désignes pour conduire ta destinée et auxquelles tu t’en remets, portent la marque de ce mal être, de cette perte de repères, de ce manque confiance et d’un va-et-vient intérieur de violence.
En toi, presse le désespoir d’être niée dans ce que tu as de plus charnel, de plus intelligent, de plus beau, de plus vivant, de plus sincère, de plus joyeux.
En toi, le poison du doute, celui d’être trahie, prostituée, dénaturée, dépecée, vendue à l’encan.
En toi, sourde un besoin de sortir de ta léthargie, de secouer ta passivité morbide, de te défaire de tes travers compulsifs et de tes addictions, d’en découdre, de tout envoyer valdinguer, de tout remettre au propre et à neuf pour repartir de zéro, pour travailler à un renouveau.

France !
Il est impossible de reprendre les rênes de ton destin, de retourner vers l’action productrice d’avenir, sans, au préalable, restaurer ta psyché.
« Le réalisable est un bloc qu’il faut dégrossir[1]. » Pour te sculpter une nouvelle estime de soi, tu dois, en premier lieu, tailler dans le dur, à la gradine et jusqu’à la gouge, cette gangue sédimentaire, autant attaques du temps que des malfaisants, qui a fini par t’engluer, t’altérer et maltraiter ton âme jusqu’à l’informité.
Aujourd’hui, quand tu te regardes dans un miroir, tu ne te reconnais plus. Tu y vois les marques de tes caprices d’assistés, de tes excès pécuniers, les balafres de tes paysages maltraités, la vérole de l’urbanisation de tes villes et villages millénaires, le relâchement de tes forces et de tes talents inutilisés, les cernes de tes insomnies de banlieues agitées, les tics nerveux des violences faites à tes frères et sœurs d’une certaine confession, le rouge de la honte d’être présentée urbi et orbi par des vulgaires et des décadents, des cornichons et des bonisseurs.

France !
Dans ton passé, tu as souvent été guidée par des hommes et des femmes providentiels. Souvent, après qu’ils ont eu servi ta cause, tu les as guillotinés, exilés, repoussés, relégués. Souvent, et encore récemment, tu t’es laissée convaincre par des esprits félons, par des seconds couteaux, par des marionnettes, par des faussaires.
Tu attends ardemment l’émergence d’un tel homme ou d’une telle femme. Il ou elle existe peut-être. Ou peut-être pas.
Mais ce sont les circonstances et le peuple qui justifient leur manifestation. Tu es, non seulement ce que tu as créé, mais aussi ce que tu as laissé faire, ce que tu n’as pas décidé, ce à quoi tu as tourné le dos, ce à quoi tu as cessé de croire.
Personne de valable, de déterminé, d’inspiré, ne s’intéressera à toi, ne se lèvera pour toi, si tu ne te réformes pas d’abord toi-même.
Tu n’as aujourd’hui que les représentants, les hôtes et la décadence que tu mérites.

France !
Soigne ton corps. Comment t’aimer et te faire aimer, si tu ne respectes pas d’abord ton corps ? Tu t’es construite par le travail, le dur labeur. Tu t’es construite, des Cisterciens à Haussmann, dans une esthétique unique, respectueuse de tes climats, de tes reliefs, de tes mœurs, de ta spiritualité judéo-chrétienne, de tes ambitions. Il te faut un avenir d’ingénieurs, de médecins, de scientifiques, de techniciens, de paysans. Lasse-toi des sociologues et autre spécialistes de la pacotille qui ne meublent que leur ennui.

Soigne tous ceux qui font ton âme : de l’Alsace à la mer d’Iroise, des béguinages aux Calanques, des Agriates au Pilat, de l’île des Pins aux chutes du Carbet, de Miquelon aux Tuamotu, du piton de la Fournaise à l’Orénoque. Ne les abandonne pas, donne des raisons à cette unité et à cette unicité. Il n’y a en cette matière que des preuves d’amour.

Soigne ta conscience. Oui, ton Histoire n’a souvent pas été un conte de fées. Elle compte nombre de méfaits et de suppliciés. Mais l’eau d’aujourd’hui n’est pas celle d’hier, de même que ceux, et toi incluse, qui s’y plongent. Pardonne-toi ! C’est avec les pleines connaissance et acceptation de ces drames que tu ne risqueras pas de les reproduire. Et que personne ne pourra plus t’enfoncer la tête dans de paralysants blâmes ; blâmes incessants qui révèlent d’abord l’impéritie de ceux qui les lancent. Ne laisse plus les étrangers réécrire ton Histoire, remets cette matière à l’honneur.

Soigne ta spiritualité. Il y a des brebis galeuses dans tout système. Mais, songe que, malgré toutes les prisons et leurs criminels que tu renfermes, tu n’es pas pour autant des leurs. Ne renie pas tes origines, ne t’adonne pas à des ministres spirituels auto-proclamés qui n’ont jamais fait leur exégèse. S’il y a eu des pédophiles à droite, il y en a bien à gauche qui, sous couvert de mariage précoce, le demeurent.

Soigne la vie. Qu’elle soit en devenir ou sur sa fin. Qu’elle soit de parfaite constitution physique ou avec quelques petits défauts.

Soigne ton éducation, ta culture et ton allure. Reprends-toi ! Reverticalise tes liens avec tes enfants. C’est toi l’adulte. Redeviens civil, poli et gouailleur. Renoue avec ta langue raffinée et nuancée, regarde et écoute avec tendresse tes cathédrales, tes calvaires, tes mas, tes chalets, tes fermes, tes palais, tes Fragonard, tes Lamartine, tes Fauré. Retrouve le goût du vêtement chic, de la chaussure de cuir, de la peau sans trou ni tatouage. Ressaisis ta porcelaine et tes couverts.

France !
Personne d’autre que toi ne peut redresser la pente tragique sur laquelle tu te laisses glisser. Il te faut d’abord te rappeler qui tu es pour opposer une force supérieure à toutes les forces contraires qui en veulent à ta peau. Les batailles ne se gagnent que sur les faiblesses, les renoncements et les désordres de l’adversaire.
Personne ne peux te respecter si tu ne retrouves pas d’abord le respect de toi-même.
Personne ne peux suppléer le travail que tu n’accomplis pas et combler les économies que tu ne fais pas.

France !
Pour te resaisir, (re-)aime-toi.

[1] In : « Paris », p. 68, Victor Hugo ; Ed° Magellan & Cie

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