Odyssée 2021 (#47) – « Conversation rêvée »

Il ne s’agit pas de vaine nostalgie.
« On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. »

Cependant, à étudier l’Histoire dans ses petites lignes, dans ses niches secrètes, il est possible d’en envier certains trésors comme la relation privilégiée que partagèrent le Général de Gaulle et André Malraux.
À relire les souvenirs de son ultime conversation avec l’un des plus puissants personnages de l’Histoire de France dans « Les Chênes qu’on abat… », se mesure la chance qu’il a eue de pouvoir partager un moment de confidences avec « Charles le Grand Chêne » ; confidences qui éclairent celui-ci de l’intérieur.

Ce livre, c’est une conversation rêvée.

Le titre de ces souvenirs est tiré de l’hommage de Victor Hugo à Théophile Gautier :
« Oh !  Quel farouche bruit font dans le crépuscule
Les chênes qu’on abat pour le bûcher d’Hercule »

Ce qui se mesure au travers des mots échangés, aux confins de l’hiver 1969, à l’abri des murs de La Boisserie, des regards de de Gaulle et de Malraux tournés vers les plaines de la Haute-Marne, vers « l’immense paysage noir et blanc de la neige sur toute la France », c’est le poids du destin d’un pays, le nôtre, la France, concentré dans un seul homme.
La génération du Général de Gaulle est une génération où l’on se livrait moins à l’introspection, à la stérile procrastination, qu’à l’action.   Ainsi, André Malraux résume ses propos, intimistes mais pas intimes :
« L’intimité avec lui, ce n’est pas parler de lui, sujet tabou, mais de la France (d’une certaine façon) ou de la mort. »

Au moment de cette conversation, dans le salon puis autours d’un dîner avec Yvonne de Gaulle, se ressent l’inéluctable : accepter de laisser l’eau de l’Histoire reprendre sans lui un autre cours et la fin d’un homme, qu’une double foi n’a cessé d’habiter : celle en Dieu et celle en la France.

Sans arrogance sur le rôle qu’il aura tenu dès le 18 juin 1940 dans la reconquête pour la France d’une psyché transcendante, il résume son rôle en ces termes :
« L’action historique n’est pas seulement celle d’un homme, même quand cet homme est Napoléon.  Elle assume les passions les plus profondes, ou la détresse de beaucoup d’hommes, et elle les partage.
L’éternité n’est pas nécessaire pour connaître les limites de l’action : le malheur suffit. »
Lucidité, ubiquité, détachement et sentiment du devoir accompli émaillent chaque réplique de cet aparté.

Le Général de Gaulle a fait aimer la France urbi et orbi.  Bien plus que les Français ne l’ont jamais aimée eux-mêmes et surtout bien plus qu’aucun des politiques qui lui furent contemporains.
Il la leur a fait aimer comme un homme aime une femme, tout en connaissant ses imperfections, ses lâchetés, ses trahisons, ses crimes, pour la pousser à la transcendance, à briller sans en référer ni aux miroirs complaisants ni aux miroirs corrupteurs, à avancer coûte que coûte pour construire, malgré les stériles agitations, les inconstances et les cupidités de la politique politicienne, un destin aux horizons fédérateurs.

Ce qu’il faudrait aujourd’hui, c’est œuvrer à réécrire collectivement, sans les négations, son constat :
« Les Français n’ont plus d’ambition nationale.  Ils ne veulent plus rien faire pour la France. »
– « Les Français ont une ambition nationale.  Ils veulent tout faire pour la France. »

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