Odyssée 2021 (#104) – « Cultivés à l’amer »

– « À vingt ans on a l’œil difficile et très fier »
Ce vers, composé par René-François Sully Prudhomme, est l’envoi d’un sonnet évoquant l’ingénuité de la jeunesse, cette naïveté à se lancer dans des amours au premier regard, sur le seul fait de l’attrait pour la beauté extérieure ; l’apparence en somme.

Suivent les bémols suivants :
– « Plus tard, quand on a fait l’apprentissage amer,
Le prestige insolent des grands yeux diminue, »

En se plaçant en retrait du cœur de sujet du poème et qu’on applique ces vers aux engouements des jeunes d’aujourd’hui, un sentiment rassurant se fait jour et permet d’imaginer que, devenus un peu plus vieux, un peu plus matures, ils, ces jeunes, changeront de regard sur les sirènes qui les font dévier de la culture de la joie.

Il suffit d’observer leurs manières, leurs habillements, leurs us et coutumes, leur langage, leur musique, les causes qui les mobilisent, pour se rendre compte qu’ils agissent et s’émeuvent, se laissent guider par l’émotion sans frein de la jeunesse, sans en passer ni s’encombrer du filtre de la réalité.

Ainsi, ils rejettent, et sont prêts à détruire et réécrire tout ce qui a fondé le monde actuel, pour les chimères racialistes, écologistes, politiques, sociologiques et esthétiques que de nouveaux anarchistes leur servent à profusion.
Pour des façades sans attrait et des récoltes peu nutritives.

« Table rase », « terre brûlée » !
N’y a-t-il pas eu ne serait-ce qu’une seule sagesse, qu’un infime ferment, dans l’humanité depuis le premier homme, pour en conserver une leçon, une pointe et leur faire raison ?

Si non, que resterait-il, une fois tout détruit, une fois tout déraciné, pour rêver une reconstruction, pour ressemer ?
Où seront les matériaux ?  Où seront les semences ?
Reste-t-il quand même du bon dans ces fondations ?  La terre garde-t-elle encore un substrat fertile ?

Il va falloir déblayer les gravats et regarder s’il reste, dans les fondations, de belles pierres et de belles poutres pour reconstruire.
Il va falloir tracer plus profond des sillons neufs, dans ces champs cultivés jusqu’ici au joug de l’amer pour en dégager le limon.
La poussière, l’amer, en excès, à trop fortes doses, neutralisent les papilles de la vitalité, font perdre le goût de la joie, la foi en l’avenir, l’espoir et la confiance en la possibilité de l’amour.

– « Mais on ne fait jamais que changer d’infortune : »

Étonnement, ce sont les « vieux », les « sages », les « sachants d’hier » qui sonnent l’alerte, se mobilisent, retroussent leurs manches, saisissent la pelle, empoignent la charrue, déblaient, désherbent et labourent pour donner à rebâtir, inviter à réédifier sur des soubassements plus solides et replanter dans des terreaux assainis et revivifiés.

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