Odyssée 2021 (#213) – « De la nostalgie à la solastalgie »

De médical, le terme « nostalgie », créé au XVIIème siècle, devint littéraire au XIXème siècle sous la plume de François-René de Chateaubriand.  D’un concept à l’autre, se retrouve la notion de « mal du pays ».  Il semblerait que ce soit en étudiant les mercenaires, les « Suisses » de Louis XIV, qui se torturaient de la tristesse de l’éloignement de leurs terres natales en chantant le « Ranz des vaches », un chant traditionnel des armaillis (bergers) de leur pays, que soit né le nom.
Ce mot n’a rien perdu de sa véracité ni de sa puissance évocatrice de poésie.  Souvent liée aux lieux et aux ambiances de l’enfance, la nostalgie est une irrigation de notre poésie intérieure qui idéalise le passé, ses souvenirs autant matériels, sensoriels, gustatifs que sentimentaux.

Mais avec la sophistication de nos modes de vie, bardés d’artefacts qui nous coupent progressivement, autant de nos aptitudes manuelles et intellectuelles que de nos liens charnels avec la Nature, a émergé un nouveau vocable : la « solastalgie ».

Il fallait bien un nouveau mot pour désigner cette angoisse supérieure à la « nostalgie » qui, de la préoccupation individuelle ou collective, liée à des vécus intimes, nous porte vers une préoccupation plus diffuse, la perception de la dégradation inéluctable de notre environnement.  Les deux termes ont une similitude structurelle mais ne partagent pas tout à fait le même subjectif d’idéalisation.
Le philosophe australien de l’environnement, Glenn Albrecht, composa ce néologisme en 2003.
Il fusionne le mot latin « solari/sōlācium » : réconfort, consolation et la racine grecque « -algia » : évoquant la douleur et, ici, la douleur morale.
La « solastalgie » est donc une douleur, une détresse liée à l’abandon, à la désolation des paysages et plus généralement de l’environnement.

Après ce docte exposé, vous comprendrez donc ce dont l’Humanité souffre en ce moment : d’une double douleur née de la combinaison du souvenir suppurant des merveilles perdues de l’enfance, autant celle des individus que des nations, et de l’anxiété des hommes privés du réconfort que procure le fait de se sentir chez soi et impuissants à freiner la dégradation de leur environnement.

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